La guerre de tous contre tous

 

La piraterie et l'ordre du monde

 

« En d'autres temps, des marins hissaient des pavillons similaires aux navires qui couraient les mêmes eaux afin de se reconnaître, seulement voilà, ce pavillon avait le même effet que l'emballage évoqué précédemment.

A l'intérieur ça change d'éclat, sous le pavillon, point de compatriotes, mais des apatrides féroces et sans scrupules qui pillent sans vergogne les navires, les richesses des états et perturbent le commerce maritime ». Car

Selon la devise de Walter Raleigh : (image citation)

« Cette devise résume à elle-seule la future politique économique mondiale.

 

Capitalisme et piraterie, voyons donc comment les définir et quels sont leurs liens.

Le pêcheur qui fait une réserve de petits poissons afin de s'en servir plus tard pour en attraper de plus gros se fait un capital qu'il va exploiter pour son profit, idem pour le chasseur et le cultivateur avec les graines ».

Utilisé de cette manière, il contribue à la survie du groupe et au bien commun.

Rien à redire !

Plusieurs définitions sont possibles concernant le capitalisme qui a plusieurs formes et différents effets dans l'espace et le temps*.

  • Système économique caractérisé par la concentration de gros capitaux en vue de promouvoir la production et les échanges commerciaux.

Il revêt donc plusieurs formes il est : Primitif, marchand, commercial, industriel, monopoliste, libéral, financier etc.

Gardons en tête la plus simple et ce, selon Churchill :

« Répartition inégales des richesses ».

Pour qu'il y ai capitalisme il faut qu'il y ai capital et donc capteur, capitalisateur autrement dit capitaliste.

 

C'est donc un système mis en place par une pratique.

Lorsque ce système s'étend à l'échelle mondiale, il est question de mondialisation d'une pratique.

Le capitalisme peut être considéré comme élément associé de ce qu'il est convenu d'entendre par mondialisme, celui ci n'étant pas que financier.

Selon Laurent Carroué, géographe Français et spécialiste en géo-économie, la mondialisation est, je cite :

*« Un processus géo-historique d'extension progressive du capitalisme à l'échelle planétaire », et il ajoute :

« La globalisation en est l'effet par ses répercussions ».

Voilà pour l'instant ce qu'on peut dire du capitalisme.

Quand à la mondialisation elle va de paire avec le recul des terres inconnues et commence son œuvre avec l' élément primitif qui la caractérise à savoir : le virus.

Elle se poursuit avec l'évangélisation des populations indigènes et l'extension du domaine de la norme dont la puissance légitime est l'état.

La norme pénale définit le criminel, la norme fiscale définit le fraudeur, la norme commerciale définit le contrebandier.

En s’appuyant sur ce pouvoir de normalisation, l’État souverain peut organiser à grande échelle, la circulation des flux qui traversent le corps social, flux de marchandises, de métaux précieux, de soldats, de populations et d'idées…

À partir de là, l’histoire du capitalisme devient une affaire de conquête par la normalisation d’une série indéfinie de territoires. Il est aussi une anthropologie voir plus loin.

Voyons à présent du côté du pirate.

Depuis que des objets ou des biens circulent par les chemins de terre ou les chemins de l'eau, il y eu toujours un obstacle à cette circulation dont l'un des principaux fut et demeure : l'homme dit homo erectus ».

Que ce soit pour son bien propre, celui de sa famille, de sa tribu ou de sa communauté, l’homme a du capitaliser pour assurer sa survie.

Ce rapport entre le bien propre et son accaparement par autrui à des fins personnelles ou collectives, montre bien l’étroitesse des liens qui existent entre le capitalisme et la piraterie.

De l'antiquité aux temps modernes (renaissance), la piraterie est dite de métier.

Cicéron déclare les pirates de l'Antiquité « communis hostis omnium« ennemis » (ennemis communs à tous) car ils échappent aux catégories habituelles du droit.

Elle sera combattue puis tolérée, instrumentalisée et enfin anéantie, mais pas complètement.

Le pirate est tout d'abord un marin.

Il est très souvent marchand-contrebandier et peut être

mercenaire, hérétique, exilé, marron, excommunié, déshérité, noble ruiné, paysan déporté etc.

Il pille, s'approprie et revend à profit les biens d'autrui.

Il provient de toutes les contrées, de toutes les classes et les rangs des sociétés de son époque.

 

La figure du pirate

Avant toute chose, il est nécessaire de distinguer corsaire, flibustier, forban et pirate.

Ces distinctions reposent sur une activité commune et sur les cadres légaux que projettent les états sur eux.

Le pirate, c'est toujours celui qui agit contre un état qui n'est pas le sien (sauf exceptions) ou ennemi de l'état.

Autrement dit, en temps de guerre, il a le titre de corsaire, mais en temps de paix, il est qualifié de pirate.

 

Qu'est-ce donc qu'un Corsaire ?

*  « Le Dictionnaire de l’académie répond : « bâtiment

armé en course par des particuliers, avec l'autorisation

du gouvernement, de courir sus à l'ennemi par une « lettre de course », ou « lettre de marque » et il ajoute:

« se dit aussi des pirates et à cette dernière expression, nous lisons : Pirate, écumeur de mer, celui qui n'a commission d'aucune puissance et qui court les mers pour voler, pour piller ».

 

Le corsaire peut donc être assimilé à un mercenaire faisant acte de piraterie à la solde d’une nation.

« Cependant lorsqu'il est pris en temps de guerre, il est traité comme prisonnier de guerre et en temps de paix de voleur condamné à la pendaison.

Corsaire, dérivé de l'espagnol corsear, (aller en course) et de l'italien corsare, corsa, (course), était surtout usité dans le Midi et la Méditerranée où l'expression de corsaires barbaresques désignait les bâtiments d'Alger, de Salé et de toute la côte d'Afrique, tandis que celle de pirates semblait réservée aux forbans des îles de la Grèce (d'où « peirates ») et de la Turquie.

En Europe, par opposition, on nommait armateur celui qui avait une « commission du prince pour courir sur les ennemis; pirates et corsaires sont des écumeurs de mer.»

Cette locution d'armateur, parfaitement exacte et coupant court à toute équivoque, disparut malheureusement vers le milieu du XVIIIe siècle et celle de corsaire prévalut …

 

Des lois sévères, tout un code même, réglementaient

la course, et établissaient l'intéressante législation du

droit de prise ». *(Tiré de : « La course et les Corsaires du port de Nantes » de Mr S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO)

 

  • Le forban est qualifié ainsi car il ne possède pas de lettre de course et agit en conséquence dans un cadre strictement illégal en tant que particulier.

 

  • Le flibustier : que l’on désigne tantôt par un mot dérivé du hollandais (flijbuter) tantôt par la racine « flibot » du nom d'un type de navire, est donc un marin qui, muni de lettres de course ou non, se livre à des expéditions à des fins lucratives, et dont l’activité est généralement tolérée par les pouvoirs dans la mesure ou elle perturbe le trafic commercial des états ennemis au souverain ou son représentant qui délivre l'autorisation de prise.

A l'origine, la flibuste se situe en mer du nord et se localisera plus tard aux caraïbes, la guerre de 80 ans dissuadant les marins de revenir en Europe, beaucoup préfèrent le soleil des caraïbes, les profits du commerce et de la contrebande et pour certains, la colonisation, la traite négrière (dans la chasse-partie il touche une part en argent et libère les esclaves ou en esclaves s'il n'y a pas d'argent) et le pouvoir économique (lorsqu'il se fait planteur-habitant) et politique (lorsqu'il se fait nommer à un rang hiérarchique d'un état).

Cette sorte de piraterie connaîtra son âge d’or au XVIIe et au début du XVIII siècle, avec en particulier la constitution de véritables enclaves flibustières aux Caraïbes et un espace de liberté (sociale et économique).

 

- Pirate doit donc être utilisé comme terme générique qui englobe ces 3 distinctions et particularités.

 

L'âge d'or

C'est à partir des grandes découvertes que la piraterie va prendre un virage et un visage tout particulier et c'est à cette période que nous allons nous attacher pour établir le rapport entre capitalisme et piraterie et mettre en lumière les points communs entre capitaliste et pirate.

 

L'accumulation des capitaux a été une condition nécessaire de la genèse du capitalisme, et elle s'est accentuée de plus en plus, à partir du XVIe siècle.

L’âge d’or de la piraterie correspond à l’âge d’or de l’accumulation des richesses pour des intérêts individuels

(l’état étant considéré comme personne).

Le capitalisme naît des conquêtes et d'elles, l'âge d'or de la piraterie.

 

Le franchissement du cap Bojador par Gil Eannes sous l'impulsion de Henry le navigateur et tout ce qui s'en suivra va bouleverser complètement l'humanité.

 

La Bible limitant le monde aux horizons connu, la pensée et la condition humaine étant également limitée au prisme du dogme religieux, l'homme devait donc s'en émanciper afin d'accéder aux nouvelles connaissances.

 

C'est donc à partir des grandes découvertes, particulièrement au travers du mouvement humaniste qui prône l'émancipation de l'homme par la culture et les arts et également par la pensée réformiste initiée par Erasme, que les sociétés vont progressivement muter.

Ces mutations sont d'ordre géographiques et physiques avec le déplacement des populations de la campagne aux villes, d'une région à une autre, d'un pays à un autre mais aussi intellectuelles avec la propagation des idées du nouveau paradigme.

S'opère alors une rupture anthropologique très marquée faisant passer l'homme de sujet métaphysique à individu narcissique en recherche de promotion sociale et gros revenus, axes jusque là empruntés par l'église et la hiérarchie des seigneurs militaires et de bien-être et bien vivre, critères de la bonne société et de bonne politique.

 

Les humanistes joueront un rôle crucial dans la construction et la structuration de la pensée en propageant des idées dont :

La supériorité de la raison sur la croyance.

Ils vont redéfinir l'homme, construire et structurer la pensée au travers de « la conscience sociale » qui détermine les rapports sociaux en liens avec la place qu'occupe chaque être humain dans le processus économique et sociale.

Ils développent l'anthropomorphisme contraire à la pensée chrétienne.

Les conséquences de cette pensée ne se fait pas attendre et s'observe dans les moindres manifestations de l'époque au travers de l'art notamment (représentations de dieu à visage d'homme par Michel Ange), de la littérature, des sciences et du commerce conduisant les européens à se focaliser sur le bien être personnel et le monde matériel substituant le souci de sauver son âme à celui de sauver son argent.

Les canaux influents de la structuration

de la pensée moderne.

 

  1. L'individualisme à l'intérieur de la société dans son ensemble ( Hobbes, Locke et Rousseau), (Hobbes est le 1er à exposer l'idée de la société de marché dominée par l'individualisme possessif, 1er contrat social où chacun transfert ses droits naturels au souverain) ; (Locke : travail, colonisation-propriété, esclavagisme) ; (Rousseau 2e contrat social).

  2. Les philosophes et économistes (sciences)

  3. Pouvoirs politiques (lois).

  4. Le commerce.

  5. La Réforme.

Au16e siècle apparaissent les découvertes : géographiques, ethnologiques, scientifiques, les réflexions philosophiques, les bouleversements économiques, sociaux et politiques, le langage et l'imprimerie vont sans doute contribuer à l'émancipation intellectuelle de l'homme, mais aussi à cultiver l'individualisme jusqu'à justifier de posséder des serviteurs et/ou esclaves aliénés par le travail et la soumission à la servitude forcée ou volontaire.

Ce bouillonnement intellectuel va contribuer à cette métamorphose des esprits qui au 18e siècle sera porté en France par les « Lumières ».

Résumons ainsi :

Les Grandes découvertes s'accompagnent de :

a) Christianisation des peuples (Henry le navigateur)

b) Évolution des technologies, des outils de navigation, des navires et de l'artillerie (Gouvernail, voiles, canons)

c) Cartographie, portulans, routes

d) Recherche, accaparement et colonisation de terres inconnues et régions qui ne tombent sous l'autorité d'aucun prince. « Zones grises ».

e) Anthropologie et bouillonnement intellectuel, philosophique et scientifique (initiée par les humanistes).

 

Voyons ensemble quelques points révélant des similitudes entre les pratiques des pirates et celles des négociants au regard de la pensée admise qui se propage et s'adopte (liste non exhaustive) :

 

  1. L'appropriation (terres et eaux) et vente de biens volés (1ére appropriation déterminante à l'aube des grandes découvertes et celle des eaux avec le traité de Tordesillas par bulle papale en1494). Zones grises et colonisées.

  2. Recours aux principes de Machiavel (FoRuSé)

  3. Appât du gain et de la richesse

  4. Liberté et autonomie

  5. Rapt contre rançons

  6. Traite négrière et esclavagisme, l'esclavage ayant joué un rôle central dans le développement du capitalisme aidé par l'église et l'état qui met en place (routes, droits de douane, régulation des marchés) tout ce qui pouvait faire prospérer le capitalisme.

Les points 5 et 6, montrent que du point de vue du pirate ou du marchand :

 

l'homme est placé au rang de marchandise.

Pour rendre cela possible, il a fallu une idéologie qui fixe des principes.

Les principes généraux qui dominent l'existence et commandent à la destinée : Individualisme, propriété, appât du gain = nouveau paradigme : homo economicus.

 

Le capitalisme n'est pas qu'un système économique,

il véhicule une anthropologie (une conception de l'homme).

Bourgeois et pirates même combat.

« Chacun se bat pour ce qui lui manque » disait Duguay Trouin

On ne rêve que de faire fortune et le meilleur moyen est de se faire marchand, bourgeois-négociant et s'élever au très distingué rang « d'honnêtes gens » ou « gens de biens ».

 

Les besoins des classes hautes vont motiver les voyages et le commerce mondial.

De celui qui vole à celui qui vole le voleur lequel est le plus voleur des deux. (Marcx Proudhon)